mercredi 18 janvier 2017

Peuple citoyen : "dépasser la conception centralisatrice et étatiste"

Pour Jean-Claude Mairal, président du Conseil de développement du Pays Vichy-Auvergne, auteur de Peuple citoyen, la démocratie, défi de notre temps (Éditions Arcane 17) « il faut dépasser la conception centralisatrice et étatiste ».

Extraits

Car il est « une réalité aux conséquences désastreuses qu’il faut avoir le courage de regarder en face. Il s’agit de la conception étatiste et centralisatrice de l’action politique qui irrigue la majeure partie de l’échiquier politique, y compris la gauche de la gauche, et qui stérilise la puissance créatrice et diverse des forces et initiatives citoyennes et alternatives présentes sur tous les territoires ». C’est pourtant « cette vision étatiste qui est au cœur de la Ve République et de l’élection présidentielle qui mobilise depuis des mois jusqu’à saturation tous les partis politiques, paralysant toute expression et dynamique démocratique citoyenne ».

Et, « ce qui compte, ce n’est pas le projet que l’on porte en lien avec le territoire où l’on vit, non, c’est son adéquation avec la norme, le programme ou la règle édictée par le législateur ou par l’assemblée territoriale. Peu importe si votre projet est intéressant et porteur de dynamisme pour votre territoire. S’il ne rentre pas dans les règles, il ne peut être pris en compte. Or, ce devrait être l’inverse. Les différentes administrations, de l’ État aux collectivités, devraient, au contraire, être au service des porteurs de projets en étant des facilitateurs de leur mise en œuvre. Qui n’a pas vécu cette réalité ? Je pourrais donner de multiples exemples auxquels j’ai été confronté qui donnent à penser, au vu des arcanes administratifs dans lesquels nous sommes englués, que nous vivons au royaume du Père Ubu ».

Il n’est pourtant « pas possible, de Paris, ou de capitales régionales, de définir la loi ou la règle valable partout et pour tous. Il faut penser l’unité nationale et la loi dans la diversité des territoires et des populations. IL faut balayer tout ce qui freine l’énergie créative des territoires et des citoyens. Il faut encourager les dynamismes de proximité que sont les communes et les intercommunalités, expression politique des bassins d’emploi, de formation et de vie, ainsi que celui des citoyens dans une conception autogestionnaire du développement avec un État non centralisateur et pourvoyeur de normes, mais mobilisateur, facilitateur, favorisant les énergies citoyennes et territoriales et donnant sens par la loi à l’action publique transformatrice et émancipatrice dans les territoires pris dans leur diversité ».


Extraits d’une Tribune libre publiée dans l’Humanité du 18 janvier 2016, page 12.

mercredi 11 janvier 2017

Confirmation : Estuaire et Sillon penche sans surprise plus à droite

Mercredi 11 janvier, à la Salle Équinoxe de Savenay, a eu lieu l'installation du nouveau conseil communautaire d'Estuaire et Sillon, constitué de 36 conseillers de 11 communes. A l'occasion de cette passation de pouvoir dans les deux intercommunalités fusionnées en une seule, si la droite grimpe au Sillon, la gauche s'envase dans l'Estuaire.

"Passage de témoin" du Sillon à l'Estuaire

Cette séance d'installation a d'abord été l'occasion d'un "passage de témoin" entre l'ancien président A. Chauveau, de Savenay, et le nouveau, R. Nicoleau, maire de Saint Étienne de Montluc.

Pour le premier, sur le départ, avec Estuaire et Sillon, "un nouveau territoire" serait d'ores et déjà né par miracle qui est "riche de potentialités". Le conseil communautaire "n'est pas une estrade politique". Les "deux villes centres doivent tirer le développement économique", dans la diversité et l'unité des 11 communes associées.

R. Nicoleau
Pour R.Nicoleau, cela reste cependant "un challenge difficile". Présentant sa candidature à la présidence de la nouvelle intercommunalité, il a souhaité définir "sa vision": celle d'une "nouvelle stratégie égalitaire, non d'alliance, mais de projet", avec "un seul représentant par commune" au bureau communautaire. Certains dossiers - tel l'urbanisme - sont exigeants. Ils doivent développer les "bonnes pratiques" pour des "services publics efficaces". Le "territoire géographique d'Estuaire et Sillon est un joyau", son rayonnement exige "d'échanger et de débattre". Les "citoyens attendent beaucoup", et il s'agit donc d'écrire "un projet de territoire pour un territoire de projet". La solidarité entre communes n'a pas besoin "d'empêcheurs de faire", mais "de se faire confiance". Avec cette passation de pouvoir, à l'homme de paille succède un homme à poigne.

La droite grimpe au Sillon de Bretagne

Alors qu'il prospère, comme on sait, pour les présidentielles de 2017 au plan national avec les Primaires, il semble que le clivage gauche/droite ne soit dans le même temps désormais plus de mise au niveau local. A l'élection à la présidence de la communauté de communes, la gauche locale s'est publiquement montrée incapable de présenter un candidat.

La gauche-croupion ne
présente pas de candidat, et disparait
dans le brouillard de 5 votes blancs
La soi-disant "coordination des gauches", existant en Loire et Sillon depuis 2008, affiche là sa faillite. Aujourd'hui, selon un accord préalable des deux bureaux communautaires sortants annoncé publiquement, le nombre des membres du bureau actuel a été fixé à 11 - un par commune - prétendument pour "respecter les élections municipales" de 2014. Mais, même au 1er tour des municipales de 2014, l'ensemble des 11 communes désormais fusionnées penchaient alors plutôt à gauche, tout comme encore plus à toutes les élections locales et nationales autres : comme, avant, aux législatives en 2012 et, après, aux régionales de 2015. Ce qui s'est joué là c'est donc bien : comment aboutir à une présidence de droite dans un territoire de gauche ! Ou : comment la ligne de pente du Sillon vers l'Estuaire conduit-elle in fine un peu plus à droite encore ?

Carte des "nuances politiques" au 1er tour des Régionales 2015
(Source : ministère de l'intérieur)
Suivant l'accord préétabli, tout était donc parfaitement joué d'avance pour les votes successifs, commune par commune, dans un "ordre démographique décroissant", sans aucune surprise. Mais, à ce compte là, le bureau communautaire restreint, bascule encore plus à droite que les bureaux communautaires fusionnés. Petit jeu de massacre où disparaissent des vice-présidents piliers de Loire et Sillon, à droite (MM. Marot et Brun) mais plus encore à gauche : la maire de Prinquiau - ancienne conseillère générale PS - renonce;, et la nouvelle conseillère départementale EELV, de Lavau-sur-Loire, n'est désormais plus conseillère communautaire en Estuaire et Sillon.

La gauche s'enlise dans les marais de l'Estuaire

La gauche paye aujourd'hui,au prix fort, à terme échu de cette fusion, ses divisions de 2014 aux municipales, notamment à Savenay : la fragmentation, les concurrences, les rivalités de personnes, l'absence de projet et d'orientations intercommunaux, n'en finissent pas de faire des dégâts.

De plus, même selon l'accord appliqué, la discipline de vote n'a pas été sans faiblesse. Car si le nouveau président est bien élu à avec 29 voix, ensuite les autres maires "de droite" (Savenay, Cordemais) dépassent sans coup férir les 30 voix, par contre les maires "de gauche" (Campbon, Prinquiau, La Chapelle-Launay) peinent, quant à eux, à les dépasser (27-28 voix). 


2014 Municipales nuance des listes élues (Source : Observatoire des votes 
selon la nomenclature du Ministère de l'intérieur, où "divers" veut souvent dire droite)

Finalement - à la seule exception de Prinquiau - le nouveau bureau communautaire est donc constitué des dix maires (plus le nouveau président) des onze communes, accentuant ainsi son statut de club réduit aux principaux édiles locaux.

______________________________________________________

Le conseil et le bureau communautaires d'Estuaire et Sillon
(Source : Ouest-France du 13 janvier 2017)

Quoi qu'il en soit, l'urne communautaire - pas si transparente que ça - a néanmoins parlé. Reste maintenant à veiller à ce que les engagements du discours liminaire soient bien respectés. Et à connaître la répartition des délégations de chaque vice-président(e), selon les compétences communautaires d'Estuaire et Sillon à harmoniser.

A l'agenda de la fusion
(Source : Ouest-France du 13 janvier 2017)


mardi 10 janvier 2017

1917 : l'heure américaine ?

Sous le titre "1917 : l'heure américaine" l'Académie de Bretagne et des Pays de la Loire publie dans son cahier annuel de 2017 un dossier qui porte sur la présence militaire américaine en France à la fin de la Première guerre mondiale (1917-1919).

Dans cette livraison un peu disparate, se distingue d'emblée un article mise-au-point, à la fois diplomatique, économique et militaire, d'Yves-Henri Nouailhat sur "L'entrée en guerre des États-Unis en 1917". Il fut un pionnier de l'étude de ce sujet par sa thèse et un ouvrage "Les Américains à Nantes et à Saint-Nazaire, 1917-1919" publié en 1972 [1]. Il a inspiré à Camille Hussenot son livre "Savenay Vingt-quatre mois au rythme américain" (1988) [2].



Quant à la présence américaine en Loire Inférieure dans ce dossier du centenaire, il en est surtout question à travers un article de Jean-Yves Paumier sur "La base d'hydravions du Croisic" et une présentation par Vincent Rousseau d'un album "Somewhere in France" de 10 gravures sur bois de Marcel Jacquier édité en 1918, représentant des soldats américains à Nantes pendant la Première Guerre Mondiale. 



Il est question également de Saint-Nazaire dans un article de Michel Germain sur le Mémorial américain et "Les bateaux de la Liberté", mais pas du tout de l'Hôpital américain de Savenay.

NB : Ce Cahier 2017 de l'Académie de Bretagne et des Pays de la Loire est en vente à la librairie Apostrophes de Savenay.

"1917 : l'heure américaine", Éditions Coiffard, 2017, 138 p., 20 €

[1] En lire un compte-rendu : http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1975_num_30_1_293600_t1_0257_0000_002