vendredi 14 juillet 2017

"L'Amérique et nous !"... dans Place Publique #63, revue métropolitaine

Alexander Woollcott
à une terrasse de café
(Paris 1918)
Savenay dans Place Publique #63, revue métropolitaine :
Regards d’historiens sur un siècle de relations franco-américaines

Avec l'invitation en France, pour le 14 juillet, du président en exercice des États-Unis, le dossier L’Amérique et nous ! de la revue Place publique #63, de l’été 2017, prend toute son actualité.




1 - La revue Place Publique


La revue Place publique est une revue nantaise et nazairienne d’urbanisme, d’architecture et de culture. Depuis plusieurs années, la volonté de sa direction/rédaction (Thierry Guidet, puis Franck Renaud depuis un an) est d’élargir son périmètre d’analyse et de lectorat : ce qu’elle vise c’est l’ensemble de la métropole, périphérie et entre-deux compris, jusqu’au département tout entier avec sa rubrique régulière : « la carte et le territoire ».

Au moment du centenaire du débarquement des troupes américaines à Saint-Nazaire, la revue change à l’occasion - 10 ans après sa création - de formule (trimestrielle) et de maquette (intégralement en quadrichromie, bien que pas encore évident pour l’instant avec beaucoup de photos de 1917 en NB). Elle publie au sujet des États-Unis un riche dossier, non de circonstance, mais de pleine et durable actualité.

2 - Le dossier : L’Amérique et nous 1917-2017

Aleck à Savenay
1917

Au sommaire, entretien et articles des historiens professionnels, dont les universitaires : Justin Vaïsse (La France, les Etats-Unis et l’Europe : alliance, désamour et realpolitik), Didier Guyvarc’h (1917-1919, illusions américaines en Basse-Loire), Alain Croix ;  et de jeunes des doctorants : Erwan Le Gall, Tiphaine Yvon, du pôle patrimoine et de l’écomusée de Saint-Nazaire (Saint-Nazaire, porte d’entrée des Américains dans la Grande Guerre).


Leurs articles éclairent le contexte local, national et international et ouvrent largement les perspectives sur 100 ans de relations franco-américaines, jusqu’à l’élection récente de Donald Trump et son invitation aux cérémonies du 14 juillet à Paris par le nouveau président de la république français.

3 - Mémoire et histoire locale savenaisienne


Ce dossier, illustré par une très riche iconographie inédite, comprend - entre autres - trois articles sur Savenay :

- « Aleck, un soldat-reporter à Savenay », un article sur Alexander Woollcott (journaliste, écrivain, homme de radio et de théâtre connu) que j’ai écrit. (p.36).
- «  Une mémoire à plusieurs temps », autre article sur l’évolution de la mémoire américaine dans l’histoire locale savenaisienne  (p.39).
- « L’hôpital américain » dans l’ École Normale de Savenay, par Odette et Paul Guibert, des Amis de l’Histoire de Savenay  (p.41).

L'histoire locale savenaisienne depuis 1985
Au-delà des commémorations officielles, ponctuelles et labellisées (Bridge nazairien et Saison américaine à Savenay), cette publication est appelée à faire durablement référence.

Références : Place publique Nantes Saint-Nazaire, n°63, juin 2017, 146 p., 12 €. En vente à la librairie Apostrophes de Savenay, et au bar-presse le PH7 à la Chapelle-Launay.
Voir le sommaire complet : http://www.revue-placepublique.fr

jeudi 22 juin 2017

Penseurs pré-écologiques, une histoire alternative de l'émancipation

La généalogie intellectuelle des "pensées pré-écologiques" proposée par Serge Audier revient sur des évidences trompeuses, notamment celle qui voudrait que les mouvements émancipateurs, marqués par le productivisme, n’aient abordé que très tardivement les enjeux écologiques. 

On redécouvre certes des voix minoritaires anciennes qui, de Henry D. Thoreau à William Morris, avaient manifesté très tôt un souci inédit de la nature. Mais en les érigeant en héros solitaires, on a contribué à occulter une nébuleuse beaucoup plus large et méconnue qui - entre socialisme, communisme, anarchisme et républicanisme - a esquissé les traits d’une "société écologique". 

L’objectif de ce gros ouvrage (750 pages tout de même !) est d’exhumer et de reconstituer une pensée sociale de l'émancipation et de la nature, construite aux marges du "grand récit" socialiste, anarchiste, communiste et républicain. Pour "une histoire alternative de l'émancipation" à travers ces pensées pré-écologiques. 

Lire la chronique de Cynthia Fleury dans l'Humanité.
http://www.humanite.fr/les-pensees-pre-ecologiques-637467

Extrait :
"L’objectif d’Audier est ici de montrer comment une large part des idées de l’écologie scientifique et politique ont été contemporaines de l’invention du socialisme, du communisme et de l’anarchisme, voire même d’un républicanisme social-libéral. Non, la société écologique n’est pas strictement l’avatar d’un conservatisme qui ne dit pas son nom, mais relève d’un héritage progressiste, prônant une société ouverte contre une société close, sachant néanmoins formuler une critique sociale des effets pervers d’un industrialisme qui n’interroge pas ses ­externalités négatives. La gauche se caractérise, bien sûr, par une dénaturalisation des inégalités et des hiérarchies – au sens d’une défatalisation –, mais penser une connexion à la nature plus harmonieuse n’est nullement antinomique de cela, bien au contraire. Les courants écologiques renvoyant à des écoles antilibérales, fascisantes ont bel et bien existé, mais ne correspondent pas à l’intégrale de l’écologie. Charles Fourier, Victor Considerant, Owen, Jules Michelet, Humboldt, Thoreau, George Perkins Marsh, Alfred Russel Wallace, Reclus, Morris, Kropotkine, Perrier, Callenbach, Flora Tristan, Constantin Pecqueur… tous ces auteurs sont idéologiquement très éloignés, et pourtant tous ont contribué à façonner une pensée écologique qui ne soit pas piégée par l’ordre conservateur."

mercredi 21 juin 2017

L’heure n’est pas à « l’illusion du consensus ».

Un utile rappel en cette fin d’une longue séquence électorale en France qui se solde par la pseudo victoire d’une politique illusoirement consensuelle. Pour la philosophe Chantal Mouffe, figure de la démocratie radicale et plurielle - présentée, avec Ernesto Laclau, comme l’inspiratrice du mouvement Podemos, voire de la gauche radicale tout entière - le conflit est constitutif de la politique. Nous vivons un moment décisif : à l’euphorie des années 1990, marquées par le triomphe de la démocratie libérale et la célébration d’un « nouvel ordre mondial »,  a succédé l’illusion d’une démocratie sans frontière, sans ennemis, sans partis. Une démocratie cosmopolite qui apporterait enfin paix et prospérité aux peuples du monde. Mais la montée des populismes de droite en Europe et la menace que représente aujourd’hui le terrorisme international ont révélé à quel point ce rêve était superficiel. Et les mots censés l’illustrer – « dialogue », « consensus », « délibération » –  impuissants. 

Pour Chantal Mouffe, les concepts aujourd’hui très en vogue de « démocratie non partisane », de « démocratie dialogique », de « démocratie post-politique », de « bonne gouvernance », de « société civile mondiale », de « souveraineté cosmopolitique », voire de « démocratie absolue », "ont en commun une même vision antipolitique qui nie la dimension antagonistique du politique. Quand les luttes politiques perdent de leur signification, ce n’est pas la paix sociale qui s’impose, mais des antagonismes violents, irréductibles, susceptibles de remettre en cause les fondements mêmes de nos sociétés démocratiques ".

Sa démonstration consiste à examiner les conséquences de la négation de l’antagonisme, dans différents champs,  aussi bien théoriques que politiques. Elle soutient « le fait de concevoir le but d’une politique démocratique en termes de consensus et de réconciliation n’est pas seulement erroné conceptuellement mais dangereux politiquement. L’aspiration à un monde qui aurait dépassé la différenciation entre un "nous" et un "eux" se fonde sur des prémisses fallacieuses, et ceux qui adhèrent à ce projet ne peuvent que manquer la tâche véritable qui incombe à une politique démocratique ».

Mais les références de Chantal Mouffe ne remontent pas assez loin dans le temps pour renouer avec des pionniers - pré-1990 - de la conflictualité, tels Lefebvre et Foucault, sans remonter jusqu’à Mao Zédong. Et son raisonnement théorique bienvenu ne s’appuie cependant pas suffisamment sur des bases empiriques et factuelles assez précises pour éclairer le sens et les formes d’une radicalité contemporaine œuvrant, au-delà des discours et des postures, à une authentique politique de l’émancipation. 

Ce qui ne nous empêche cependant pas de souscrire à sa conclusion : « il y aura toujours des conflits dans un monde multipolaire, mais ces conflits sont moins susceptibles de prendre une forme antagonistique que dans un monde unipolaire. Il n’est pas en notre pouvoir d’éliminer les conflits ni d’échapper à notre condition humaine, mais il est en notre pouvoir de créer les pratiques, les discours et les institutions qui permettront à ces conflits de prendre une forme agonistique. C’est la raison pour laquelle la défense et l’approfondissement du projet démocratique exigent de reconnaître la dimension antagonistique du politique et de renoncer au rêve d’un monde réconcilié qui aurait dépassé le pouvoir, la souveraineté et l’hégémonie ».


Chantal Mouffe, L’illusion du consensus, Albin Michel, 2016, 198 pages, 17,50 €.