jeudi 1 septembre 2016

Le Front Brésil Populaire appelle à militer contre le coup d’Etat (31 août 2016)

Le Front Brésil Populaire, une entité qui réunit divers organisations et mouvements sociaux, rend publique une lettre ouverte de soutien à la présidente destituée Dilma Rousseff. Selon le document, aujourd’hui, après la décision du Sénat, "la résistance ne fait que commencer". Il affirme que "les sénateurs ont conjugué fraude et mensonge en approuvant un coup parlementaire (‘golpe’) contre la Constitution, la souveraineté populaire et la classe laborieuse". L’entité appelle également à militer par une série de mobilisations : "notre lutte contre le gouvernement ‘golpiste’ et son programme de retrait des conquêtes sera implacable".
Lire la lettre dans son intégralité (traduction personnelle)
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Camarade Présidente
Dilma Rousseff
Premièrement , comme nous disons dans les rues, dehors (fora) Temer !
La majorité des sénateurs brésiliens ont redoublé de fraude et de mensonge, approuvant un coup parlementaire contre la Constitution, la souveraineté populaire et la classe laborieuse.
Les forces réactionnaires, en interrompant votre mandat légitime, ont imposé une gouvernement usurpateur, qui ne cache pas son profil misogyne et raciste.
Ils ont piétiné le résultat électoral, condamné une femme innocente et consacré le plus grave recul politique depuis le coup d’ État militaire de 1964.
Cette rupture de l’ordre démocratique matérialise les propositions antipatriotiques et anti-populaires des élites économiques engagées dans la privatisation de la plate forme continentale ( ou "pré-sal" pétrolifère), des compagnies nationales et des banques publiques, en plus de vendre nos terres aux étrangers, compromettant la production alimentaire nationale et le contrôle des eaux.
Les ‘golpistes’ veulent, entre autres mesures, réduire les investissements dans la santé, l’éducation et le logement, éliminer les droits du travail, en finir avec l’indexation de la retraite de base sur le salaire minimum, enterrer la réforme agraire et vider les programmes sociaux de leur contenu.
L'ordre du jour des usurpateurs est de déchirer les garanties de la Constitution de 1988 et combattre les conquêtes obtenues pendant les gouvernements du président Lula et le votre, avec l'intention claire de favoriser les intérêts des oligarchies financières, industrielles, agricoles et des médias, augmentant leurs profits au détriment des travailleurs et des classes moyennes .
Au cours de ces derniers mois, à vos côtés , nous avons résisté contre le coup institutionnel à travers le pays . Des millions de Brésiliens ont pris part à des manifestations et des protestations, dans un effort unifié, pour défendre la démocratie, les droits populaires, la souveraineté nationale et les résultats électoraux .
Votre voix, dans le discours du 29 Août devant vos juges, nous représente . Elle a fait entendre, avec dignité et courage , la vérité sur le coup d' État en cours, sa nature de classe et sa menace pour l'avenir de la nation, car les usurpateurs ne cachent pas leur soumission aux centres impérialistes et cherchent à détruire la politique étrangère indépendante depuis 2003 .
Aujourd'hui, la résistance ne fait que commencer. Dans les rues et dans les institutions, dans les lieux d’étude, de travail et d’habitation. Plus tôt que ne le pensent les usurpateurs, les Brésiliens seront en mesure de rejeter ses plans et revenir sur la voie des grands changements .
Notre lutte contre le gouvernement issu du coup d' État et son programme de retrait des conquêtes sera implacable. Nous recherchons l'unité et la mobilisation des forces populaires les plus larges, et lutterons  sans cesse pour vaincre la coalition anti- démocratique qui a rompu avec l’ État de Droit .
Nous sommes certains que vous continuerez à inspirer et organiser dans la résistance contre le coup d' État .
Du même côté de la tranchée et de l’histoire, nous lutterons jusqu'à la victoire d’un Brésil démocratique, juste et souverain.
Brasília, 31 août 2016
Frente Brasil PopularFront Brésil Populaire 

jeudi 4 août 2016

Loire et Sillon : bobos ou prolos ?



La commune de la Chapelle-Launay révise actuellement son PLU (Plan ou projet local d’urbanisme). Dans une première étape il s’agit d’abord d’établir un diagnostic du territoire. Et ce n’est pas une mince affaire : une bonne appréciation de l’identité socioterritoriale de la collectivité est en effet essentielle à cette occasion, car c’est d’elle que peuvent et doivent dépendre les politiques publiques locales, à diverses échelles (commune, intercommunalité, département, métropole, région…) pour les 10 – 15 ans à venir.

Le bilan du territoire pour la décennie écoulée fait en ce moment l’objet d’une exposition et d’une enquête publique. Inscrivons-nous au débat, pour commencer celui de l’appréciation des caractéristiques démographiques et sociales de la commune, et par extension de celles de la communauté de communes de Loire et Sillon, en cours de « fusion » avec celle de Cœur d’Estuaire.

Le bureau d’étude / agence Cittànova (http://cittanova.fr/), en charge de l’instruction du dossier, évoque une « mutation » sociale en cours à l’aide de certains chiffres de la population active au RGP (recensement général de la population) selon les CSP (catégories socioprofessionnelles) de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), entre les recensements de 2007 et de 2012. Une évolution de moyen terme, qui est allégrement extrapolée.


Le message (subliminal ?) de ce trop bref commentaire est clairement le suivant (souligné en rouge) : les ouvriers reculent nettement, alors que les cadres et professions intellectuelles supérieures augmentent. En d’autres termes, l’identité socioterritoriale de la collectivité mute : elle est de moins en moins ouvrière et de plus en plus « classes moyennes », les prolos cédant ainsi la place aux bobos, signe d’une « moyennisation » (montée des classes moyennes) du territoire.

Certes, convenons-en, les CSP de l’INSEE sont-elles imparfaites et insuffisantes. Mais ce n’est pas une raison pour les sélectionner pour leur faire dire plus ou autre chose que ce qu’elles peuvent dire. Or, ce n’est pas « la part des ouvriers » en % de la population active locale qui a reculé dans la commune, mais leur nombre (de 409 à 324, c’est exact, soit effectivement 20% en moins). Dans le même temps - et toujours en valeurs absolues - les employés augmentent un peu (de 353 à 388) et les professions intermédiaires restent stables (364 pour 356).

Cela dit, le graphique ci-dessous (Source CittàNova, PLU/PADD de la Chapelle-Launay) montre pourtant parfaitement, au premier coup d’œil, que la somme des ouvriers, des employées et des professions intermédiaires est et reste largement majoritaire dans le territoire.




Les chiffres complets de toutes les CSP de Loire et Sillon pour 2012 montrent en fait tout autre chose.




D’une part, la somme des CSP ouvriers, employés et professions intermédiaires, soit l’essentiel des couches populaires (auxquelles ont pourrait aussi ajouter la plupart des retraités) est majoritaire en Loire et Sillon. D’autre part, les écarts types des % de chaque CSP par rapport à l’ensemble de la France, s'ils montrent un déficit dans les catégories agriculteurs, cadres et professions intellectuelles supérieures, indiquent surtout des excédents, nets pour les professions intermédiaires, importants pour les ouvriers (qui ne sont donc pas « en net recul ») et toujours significatifs pour les employés.

Donc, ce que les chiffres montrent - que ça plaise ou non – c’est que Loire et Sillon est sociologiquement populaire – ce qui pour nous, n’est aucunement péjoratif, au contraire - même si les élites locales veulent croire et faire croire à sa « boboïsation ». Or, la représentation socio-idéologique qu’on peut s’en faire est loin d’être indifférente. Car s’ils croient à la « moyennisation » généralisée de la population locale, en classes relativement aisées, sinon nanties, les décideurs sont et seront en conséquence plus « naturellement » portés à minimiser l’impact de ce qu’ils décident, c’est-à-dire des augmentations de tarifs (ex. : redevance incitative), de la multiplication des contrôles (ex. : assainissement non-collectif) - tout cela sous couvert de la bonne cause consensuelle gauche-droite du « développement durable ». Ou, plus généralement, de l’augmentation du poids de la fiscalité locale sur une population estimée alors a priori tout à fait capable d’y faire face sans coup férir et de les absorber sans broncher.

Libre aux décideurs locaux qui nous gouvernent (élus communautaires, gestionnaires des services et technocrates des bureaux d’études) de croire et d’appuyer le mythe de la moyennisation sociale et de la boboïsation culturelle et idéologique des populations qu’ils régentent, que ce soit à travers leur "gouvernance" entrepreneuriale et élitiste, ou par leur volonté de gouvernementalité des subalternes. Quant à nous, nous continuons - chiffres réels et complets à l’appui - de penser et de dire que l’identité socioterritoriale de la population de nos communes est essentiellement populaire, même si on cherche et on a réussi en partie à lui en inculquer le pur et simple déni. Avec toutes les conséquences qu’il y aurait à en tirer, bien au-delà de la seule mise à jour du PLU.