jeudi 22 juin 2017

Penseurs pré-écologiques, une histoire alternative de l'émancipation

La généalogie intellectuelle des "pensées pré-écologiques" proposée par Serge Audier revient sur des évidences trompeuses, notamment celle qui voudrait que les mouvements émancipateurs, marqués par le productivisme, n’aient abordé que très tardivement les enjeux écologiques. 

On redécouvre certes des voix minoritaires anciennes qui, de Henry D. Thoreau à William Morris, avaient manifesté très tôt un souci inédit de la nature. Mais en les érigeant en héros solitaires, on a contribué à occulter une nébuleuse beaucoup plus large et méconnue qui - entre socialisme, communisme, anarchisme et républicanisme - a esquissé les traits d’une "société écologique". 

L’objectif de ce gros ouvrage (750 pages tout de même !) est d’exhumer et de reconstituer une pensée sociale de l'émancipation et de la nature, construite aux marges du "grand récit" socialiste, anarchiste, communiste et républicain. Pour "une histoire alternative de l'émancipation" à travers ces pensées pré-écologiques. 

Lire la chronique de Cynthia Fleury dans l'Humanité.
http://www.humanite.fr/les-pensees-pre-ecologiques-637467

Extrait :
"L’objectif d’Audier est ici de montrer comment une large part des idées de l’écologie scientifique et politique ont été contemporaines de l’invention du socialisme, du communisme et de l’anarchisme, voire même d’un républicanisme social-libéral. Non, la société écologique n’est pas strictement l’avatar d’un conservatisme qui ne dit pas son nom, mais relève d’un héritage progressiste, prônant une société ouverte contre une société close, sachant néanmoins formuler une critique sociale des effets pervers d’un industrialisme qui n’interroge pas ses ­externalités négatives. La gauche se caractérise, bien sûr, par une dénaturalisation des inégalités et des hiérarchies – au sens d’une défatalisation –, mais penser une connexion à la nature plus harmonieuse n’est nullement antinomique de cela, bien au contraire. Les courants écologiques renvoyant à des écoles antilibérales, fascisantes ont bel et bien existé, mais ne correspondent pas à l’intégrale de l’écologie. Charles Fourier, Victor Considerant, Owen, Jules Michelet, Humboldt, Thoreau, George Perkins Marsh, Alfred Russel Wallace, Reclus, Morris, Kropotkine, Perrier, Callenbach, Flora Tristan, Constantin Pecqueur… tous ces auteurs sont idéologiquement très éloignés, et pourtant tous ont contribué à façonner une pensée écologique qui ne soit pas piégée par l’ordre conservateur."

mercredi 21 juin 2017

L’heure n’est pas à « l’illusion du consensus ».

Un utile rappel en cette fin d’une longue séquence électorale en France qui se solde par la pseudo victoire d’une politique illusoirement consensuelle. Pour la philosophe Chantal Mouffe, figure de la démocratie radicale et plurielle - présentée, avec Ernesto Laclau, comme l’inspiratrice du mouvement Podemos, voire de la gauche radicale tout entière - le conflit est constitutif de la politique. Nous vivons un moment décisif : à l’euphorie des années 1990, marquées par le triomphe de la démocratie libérale et la célébration d’un « nouvel ordre mondial »,  a succédé l’illusion d’une démocratie sans frontière, sans ennemis, sans partis. Une démocratie cosmopolite qui apporterait enfin paix et prospérité aux peuples du monde. Mais la montée des populismes de droite en Europe et la menace que représente aujourd’hui le terrorisme international ont révélé à quel point ce rêve était superficiel. Et les mots censés l’illustrer – « dialogue », « consensus », « délibération » –  impuissants. 

Pour Chantal Mouffe, les concepts aujourd’hui très en vogue de « démocratie non partisane », de « démocratie dialogique », de « démocratie post-politique », de « bonne gouvernance », de « société civile mondiale », de « souveraineté cosmopolitique », voire de « démocratie absolue », "ont en commun une même vision antipolitique qui nie la dimension antagonistique du politique. Quand les luttes politiques perdent de leur signification, ce n’est pas la paix sociale qui s’impose, mais des antagonismes violents, irréductibles, susceptibles de remettre en cause les fondements mêmes de nos sociétés démocratiques ".

Sa démonstration consiste à examiner les conséquences de la négation de l’antagonisme, dans différents champs,  aussi bien théoriques que politiques. Elle soutient « le fait de concevoir le but d’une politique démocratique en termes de consensus et de réconciliation n’est pas seulement erroné conceptuellement mais dangereux politiquement. L’aspiration à un monde qui aurait dépassé la différenciation entre un "nous" et un "eux" se fonde sur des prémisses fallacieuses, et ceux qui adhèrent à ce projet ne peuvent que manquer la tâche véritable qui incombe à une politique démocratique ».

Mais les références de Chantal Mouffe ne remontent pas assez loin dans le temps pour renouer avec des pionniers - pré-1990 - de la conflictualité, tels Lefebvre et Foucault, sans remonter jusqu’à Mao Zédong. Et son raisonnement théorique bienvenu ne s’appuie cependant pas suffisamment sur des bases empiriques et factuelles assez précises pour éclairer le sens et les formes d’une radicalité contemporaine œuvrant, au-delà des discours et des postures, à une authentique politique de l’émancipation. 

Ce qui ne nous empêche cependant pas de souscrire à sa conclusion : « il y aura toujours des conflits dans un monde multipolaire, mais ces conflits sont moins susceptibles de prendre une forme antagonistique que dans un monde unipolaire. Il n’est pas en notre pouvoir d’éliminer les conflits ni d’échapper à notre condition humaine, mais il est en notre pouvoir de créer les pratiques, les discours et les institutions qui permettront à ces conflits de prendre une forme agonistique. C’est la raison pour laquelle la défense et l’approfondissement du projet démocratique exigent de reconnaître la dimension antagonistique du politique et de renoncer au rêve d’un monde réconcilié qui aurait dépassé le pouvoir, la souveraineté et l’hégémonie ».


Chantal Mouffe, L’illusion du consensus, Albin Michel, 2016, 198 pages, 17,50 €.

mercredi 7 juin 2017

Expo : « Aux origines du jazz » de Jean Neveu à Savenay

En avril 1917, les États-Unis choisissent Saint-Nazaire comme base logistique pour débarquer leurs troupes en France. Les musiciens noirs du 15ème régiment d’infanterie arrivent à Brest le 31 décembre 1917. Après un concert impromptu sur le port, ils sont envoyés en garnison à Saint-Nazaire. Et tout commence… 

Venez découvrir cette histoire présentée avec soin et passion dans cette expo, par l’un des meilleurs spécialistes nantais du jazz. Et découvrir - à l’occasion du centenaire de la présence américaine à Savenay en 1917-1919 - la fabuleuse histoire du jazz à travers des photos et coupures de journaux marquant les débuts du jazz en France. Par Jean Neveu, spécialiste du Jazz - conférencier à l’université permanente de Nantes, et programmateur de l’émission « Poussières d’étoiles » sur Alternantes.






L’exposition à Savenay comprend dix panneaux (nombreuses photos et illustrations), trois vitrines (pochettes des "super 45 tours" vinyl  des collections mythiques de jazz des années 50 et 60) ; livres et ouvrages sur l’histoire du jazz, dont ceux de Lucien Malson), et une table d’exposition des livres de la médiathèque consacrés au jazz …

Du mercredi 31 mai 2017 au jeudi 31 août, Médiathèque Camille Hussenot, Savenay. Gratuit. Contact : 02 40 56 96 95, mediatheques.estuaire-sillon.fr