jeudi 7 septembre 2017

"Quand la géographie sert à faire la paix" de Philippe Pelletier

Ce livre de Philippe Pelletier - géographe anarchiste et libertaire, dans la lignée d'Elisée Reclus - entend opportunément montrer que sous les discours catastrophistes actuels sur l'environnement (climat, sécheresse, déforestations, désertification...) existent des enjeux qui relèvent pleinement à la fois de l'idéologie et de la géopolitique. Il s'agit de déconstruire les véritables contradictions économiques, écologiques, politiques et socio-culturels sans pour autant verser dans le déclinisme qui constitue l'une des armes géopolitiques engagées dans les rapports de force largement méconnus et occultés.

Présentation de l'éditeur "Au bord de l'eau", coll. Pour mieux comprendre

La géographie sert à faire la guerre comme l'avait proclamé un célèbre livre d'Yves Lacoste en 1976, certes, mais aussi à faire la paix, sous quatre conditions nous rappelle avec force Philippe Pelletier. Décrire les situations où des géographes contribuent à l'entente entre sociétés politiques rivales malgré les différends. Déconstruire les véritables enjeux économiques, écologiques, politiques et socioculturels sans verser dans ce déclinisme qui constitue des armes géopolitiques corollaires aux rapports de force. Montrer que sous les discours catastrophistes sur l'environnement (climat, sécheresse, déforestations, désertification...) existent des enjeux qui relèvent de la géopolitique et de l'idéologique. Enfin, livrer ces informations et ces analyses aux individus et aux peuples pour désamorcer les tensions instrumentalisées (du type "choc des civilisations"), en rappelant que certains pays multilingues et multi-religieux vivent en paix. La paix n'est pas vue, ici, comme une situation irénique mais comme une concorde où les conflits entre individus et groupes seraient régulés par contrats.

L'auteur :  Philippe Pelletier est géographe. Auteur de nombreux ouvrages, ses travaux actuels portent sur les relations entre la géographie et l'écologie, sur Élisée Reclus et les géographies critiques.

Sommaire :

  • - Fondements de géopolitique
  • - Marche du monde et mosaïque du monde
  • - La catastrophisme en question
  • - Critique du capitalisme vert

Écoutez un entretien avec Philippe Pelletier à propos de son livre.



EXTRAITS
  • Quelle Paix ?
« La paix, qui n’est pas conçue comme le contraire de la guerre mais comme le produit direct de sa transformation, signifie la fin du massacre, de la consommation improductive des êtres et des richesses. L’énergie de la lutte dilapidée dans la guerre est mise au service d’un combat contre le paupérisme et pour l’émancipation » (p.31)
  • Le catastrophisme écologiste
« Le catastrophisme écologiste trace en fait la voie à une gouvernance mondiale autoritaire. Philosophiquement posé sur des bases scientifiques partielles, tronquées, voire éronnées ou surinterprétées, il en appelle à l’urgentisme sur le plan politique et social. Il faudrait désormais « agir », et « vite », de « toute urgence », sinon « c’est la fin ». À chaque COP, on assiste à des réactions proches de l’hystérie, et inquiétantes. L’absence de recul et de calme scientifique permet tous les glissements émotionnels et politiques ».  (p.161)
  • L’alarmisme écologiste, un discours en forme de litanie
« La litanie est une énumération sans fin des misères du monde dont le registre est spécifiquement religieux car ce catalogue anxiogène exclut tout rapport scientifique de causalité. Elle assomme plutôt qu’elle ne démontre : « choc climatique », « épuisement des ressources », « éventrement du sous-sol de la planète », « massacre des forêts », « évidemment des océans », « système aux abois », « chant du cygne ». Elle a bien pour fonction de s’adresser à une instance supérieure (Dieu, le Parti, la Gouvernance mondiale, COP21) pour supplier de sauver le monde, et nous avec. Dans la religion chrétienne, Jésus est le Sauveur. Dans l’écologisme standard, il n’est pas visible d’emblée. Mais il y a quelques substituts : la Nature, Gaïa, Al Gore, le GIEC, un quelconque prédicateur… » (p.180).
  • Géographie et Paix
« La géographie permet de poser la réflexion vers la paix. Ou, plus exactement, elle ;ouvre des voies vers la concorde qui n’est pas une situation d’irénisme chimérique, mais un accord contractuel qui prend acte des différences comme des ressemblances, qui pense le conflit mais aussi sa solution » (p.233) 


Quatrième de couverture :

Philippe Pelletier, Quand la géographie sert à faire la paix, Coll. Pour mieux comprendre, Ed. Le bord de l'eau, 2017, 245 p., 20 €.

Lire également sur ce blog : Comment être écolo ? Pour une écologie libertaire de l’autonomie http://jym44.blogspot.fr/2012/05/comment-etre-ecolo-pour-une-ecologie.html

jeudi 31 août 2017

Humour british : "Yes Prime Minister" & Global Warming etc. BBC

Au pays phare de l'idéologie "réchauffiste" - de Miss Thatcher à Theresa May - le Royaume Uni, la chaîne publique BBC se gausse pourtant du "réchauffement climatique" (global warming). 

Inimaginable en France, ni sur les chaînes publiques (réseau France TV, France 5), ni sur les chaînes privées (BFM TV, etc...). Les humoristes eux-mêmes ne s'y risquent pas, l'unilatéralisme pro-GIEC et l'ostracisme anti-sceptiques régnant sans partage.

Un épisode de 10 mn, sous-titré en Français par la Chronique Agora.



Yes Prime Minister Global Warming etc Part 2 from Publications Agora on Vimeo.

lundi 28 août 2017

Le sympathisant de Viet Thanh Nguyen

Confession d’un homme double. Le sympathisant Viet Thanh Nguyen, traduit de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude Belfond, 504 pages, 23,50 euros.
Extrait (chapitre 1)

"Je suis un espion, une taupe, un agent secret, un homme au visage double. Sans surprise, peut-être, je suis aussi un homme à l’esprit double. Bien que certains m’aient traité de la sorte, je n’ai rien d’un mutant incompris, sorti d’une bande dessinée ou d’un film d’horreur. Simplement, je suis capable de voir n’importe quel problème des deux côtés. Parfois je me flatte d’y reconnaître un talent ; modeste, certes, mais c’est peut-être le seul talent que je possède. D’autres fois, quand je constate à quel point je suis incapable de regarder le monde autrement, je me demande s’il faut parler de talent. Après tout, un talent est une chose que vous exploitez, et non une chose qui vous exploite. Le talent que vous ne pouvez pas « ne pas » exploiter, le talent qui vous possède, celui-là est dangereux, je dois bien le reconnaître. Mais au mois où débute cette confession, ma façon de voir le monde passait encore pour un atout plutôt qu’un danger, comme il en va de certains dangers.
Le mois dont je parle, c’est le mois d’avril, le plus cruel de tous. Un avril au cours duquel une guerre qui durait depuis très longtemps finit par s’épuiser, comme toutes les guerres. Un avril qui changea tout pour les habitants de notre petite partie du monde et rien pour la plupart des habitants du reste du monde. Un avril qui fut à la fois la fin d’une guerre et le début de… La « paix » n’est pas le bon mot, n’est-ce pas, cher commandant ? Un avril qui me vit attendre la fin derrière les murs constellés de tessons de verre sombre et coiffés de barbelés rouillés d’une villa dans laquelle j’avais passé les cinq dernières années. J’y avais ma propre chambre, un peu comme dans votre camp, commandant. Certes, le terme qui convient est « cellule d’isolement » plutôt que « chambre » et, au lieu d’un domestique venant nettoyer tous les jours, vous m’avez attribué un gardien au visage poupon qui ne nettoyait rien du tout. Mais je ne me plains pas. Pour écrire cette confession, je n’exige que l’intimité, pas la propreté."

Viet Thanh Nguyen

Magistral premier roman sur la guerre du Vietnam, « le Sympathisant » a obtenu le prix Pulitzer 2015. Le narrateur, « le Capitaine », est un agent double, fils d’un prêtre catholique français et d’une vietnamienne. Binational, envoyé comme espion aux Etats-Unis, il incarne des loyautés divisées : occidental et oriental, communiste et capitaliste. Prisonnier du régime vietnamien, il se remémore la chute de Saïgon, sa carrière d’espion, les trahisons, l’exil avec les boat people, la torture à son retour au Vietnam. 

Né en 1971 à Buôn Ma Thuột au Sud Vietnam, Viet Thanh Nguyen a également publié « Refugees », un recueil de nouvelles, et  un essai sur la mémoire de la guerre du Vietnam, « Nothing Ever Dies: Vietnam and The Memory of War (2016), en cours de traduction. Il enseigne à l’université de Californie du Sud.
Lire son entretien dans l'Humanité :

https://www.humanite.fr/viet-thanh-nguyen-je-suis-devenu-ecrivain-pour-ecrire-sur-le-peuple-vietnamien-640702